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Fugitives.

(Version française plus bas)

“How you doin’?”

About halfway through the race, Charles slid by my side while I was in the top third of the peloton. His question actually had a hidden meaning: was I ready to risk a breakaway?

“All good, the legs are solid”, I replied. In doing so, I had just volunteered for one of cycling’s most amazing and gratifying missions: a breakaway.

There are days where you just feel invincible. No one can touch you, your energy seems undepletable and even though everyone else seems stricken, even the overwhelming heat or inhumane cold have nothing on you.

That’s exactly how I was feeling, from head to toe and mentally: I was strong.

“Great! So on the next unpaved segment, you go ahead. Mario and I will open the way.”

The timing was right: I promised everyone we’d give them a good show.

You see, the St-Basile Grand Prix is a bit like home for me. It’s where my girlfriend grew up, where her friends and family still are. I know the place very well, including this upcoming dirt road section, where my brother-in-law lives.

This year’s modified route had two more unpaved segments, and the second, upcoming one where I was about to breakaway was by far the hardest of the three.

It was also, however, the best place to say goodbye to the peloton and explode ahead, as Charles had perfectly grasped.

Squeezed between two fields, this gravel and soft soil road was marked by two ruts replete with potholes, large rocks and a plethora of obstacles that only the first few riders could see coming. All the others had no other choice but to follow the wheel in front of them and pray that the rider ahead was on the right path.

Even the more prudent riders that traded in a better position for increased safety weren’t much better off: there is so much dirt and dust kicked up by the riders that they are basically all shrouded in a yellow cloud that obfuscates the road’s relief.

And since there are only two ruts, the peloton necessarily splits into two straight lines, and ideal situation for breakaways.

Charles rode to the front, leaving Mario to take me to the junction where I took off without looking back.

That moment when you breakaway — and the minutes that follow — are akin to a form of voluntary torture where you willingly immerse yourself in an ocean of pain, yet always keeping your head out of the water, bearing in mind that you will need enough energy to swim back to shore if someone catches up to you or if you have no choice but to keep on pushing, alone or with teammates.

I love to breakaway. I thrive on it even though it hurts. Without it, a race would be nothing more than a procession leading up to the final sprint. The very soul of road cycling revolves around this notion of breaking away, becoming free.

The fugitives are the riders who make the race about freedom, temerity, bravado, fighting; a hunt.

After that, within the breakaway group being hunted by the rest of the pack, anything goes. Sometimes, you are the leader, sometimes you’re the weak link. Sometimes you just ride along, knowing you need to save your energy because you know they’ll try to lose you later on, or because a team has more members in the breakaway peloton than others. Sometimes you argue with the others, sometimes it’s complete silence; it all depends on who’s in the pack and how things are unfolding.

We’re back on paved road. When I looked back for the first time, it felt like I’d broken away an eternity ago. My legs were on the verge of imploding, my throat was parched from the dust, which made my breathing sound more like I was choking, I could see them catching up to me: nine riders on my tail. We were going to breakaway together.

“We’ve made the gap: let’s go,” I screamed at the top of my lungs.

More screams, crashes, arguments, attacks, and misunderstandings would ensue; everything that makes a breakaway what it is — a chaotic aggregation of personalities, interests and talent.

I thrive on this chaos, it’s the adventure within the adventure. That day, the peloton broke down behind us, but if it had caught on to us, our enthusiasm would’ve been just the same. When you breakaway, everything is sharper, more intense. The taste of blood in your mouth, legs burning, calves that cramp up, lungs on fire, and that feeling your being tracked and hunted.

Although it is not fear, it isn’t an ego boost either. In the end, it’s just a game, but a game you want to win.

Text by David Desjardins.

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Fugitifs

« Comment ça va ? »

À mi-parcours de la course, Charles s’est laissé glisser à ma hauteur, au tiers du peloton environ. Sa question en sous-entendait une autre : étais-je prêt à m’évader, à tenter la fuite ?

« Oui, ça va super, les jambes sont bonnes », ai-je répondu. Je venais de me porter volontaire pour l’une des plus belles et gratifiantes mission de la course cycliste : l’échappée.

Il y a de ces journées où vous vous sentez invincible. Rien ni personne ne peut vous atteindre, vos réserves d’énergie paraissent inépuisables et, tandis que la majorité en souffre, même la chaleur accablante ou le froid débilitant ne parviennent pas à vous ennuyer.

C’était exactement mon sentiment, si on étend le terme au corps entier : dans la tête et partout ailleurs, j’étais fort.

« Ok, alors au prochain segment de terre, tu pars. Mario et moi on t’ouvre le chemin. »

Ça tombait bien : j’avais promis que nous donnerions un bon show.

Parce que le Grand Prix de St-Basile, c’est un peu chez moi. C’est le village de ma blonde, de ses amis, sa famille. J’en connais de larges pans. Dont le premier secteur non-pavé, où vit mon beau-frère.

Le parcours modifié, cette année, en comportait deux autres. Et le second dans lequel je devais m’enfuir était de loin le plus difficile. C’était aussi, comme l’avait compris Charles, le meilleur endroit pour fausser compagnie au groupe, et faire exploser le peloton.

Entre deux champs, cette route couverte de gravier et de terre meuble est fendue par deux roulières, ponctuées de trous mouvants, de roches volumineuses, et d’une myriade d’écueils que seuls les premiers qui s’y engagent peuvent détecter. Les autres suivent la roue devant la leur, priant que leurs prédécesseurs empruntent la bonne ligne. Même les plus prudents qui troquent l’aspiration pour un peu de sécurité n’y voient guère : la poussière levée par le peloton crée un nuage jaune qui voile les détails du terrain.

Et comme il n’y a que deux roulières, le peloton se scinde forcément en deux lignes droites, scénario idéal pour les cassures.

Charles s’est donc installé à l’avant, laissant au soin de Mario de m’emmener à la jonction, où je suis parti, seul, sans me retourner.

Le moment où vous lancez une échappée et les minutes qui suivent constituent une sorte de torture mesurée. Volontairement, vous vous plongez dans un océan de douleur, mais en gardant la tête hors de l’eau, avec l’idée, aussi, qu’il vous faudra assez de forces pour revenir à la rive si vous êtes repris, ou simplement si vous devez poursuivre votre évasion seul, ou en groupe.

J’aime l’échappée. Je m’y sens bien, même quand je m’y sens mal. Sans elle, la course serait une procession jusqu’au sprint final. L’idée du cyclisme sur route réside dans cette évasion qui l’anime. Du latin anima, qui signifie le souffle, l’âme.

Les fugitifs sont ceux qui donnent son âme à la course, qui est intéressante quand elle est affaire de témérité, de bravoure, de combats. De chasse.

Ensuite, à l’intérieur de ce groupe poursuivi par la majorité, tout peut se produire. Il arrive qu’on y soit le leader, le plus fort, ou alors à la traîne. Il se peut qu’on se laisse porter, sachant qu’il faut conserver ses forces parce qu’en présence de coureurs qui tenteront de nous fausser compagnie plus tard, ou parce qu’une équipe est représentée en plus grand nombre au sein des évadés. On s’y engueule, ou c’est le silence total. Tout dépend de qui s’y trouve, des circonstances.

Désormais sur la route asphaltée, j’étais parti depuis ce qui me semblait une éternité quand j’ai tourné la tête. Les jambes au bord de l’implosion, la gorge irritée par la poussière et une respiration à la frontière de l’étouffement, je les ai vus revenir sur moi. Neuf coureurs en chasse. Nous partirions ensemble.

« On a fait le trou, go ! », ai-je hurlé.

Suivraient des cris, des chutes, quelques engueulades, des attaques, des malentendus. Le lot d’une échappée, du chaos qui résulte de cet agrégat de personnalités, d’intérêts, de talents divers.

J’aime ce chaos. C’est l’aventure dans l’aventure. Ce jour-là, le peloton s’est désagrégé derrière nous. Mais nous aurions été repris que l’enthousiasme eut été intact. Dans l’échappée, tout est plus vif, plus intense. Le goût de sang dans la bouche, les jambes qui brûlent, les mollets qui crampent, les bronches à vif, et cette sensation d’être poursuivi, traqué.

Ce n’est pas de la peur. Ce n’est pas nécessairement non plus un lustre pour l’ego. C’est un jeu. Auquel on veut gagner.

Texte de David Desjardins.

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